Terres submersibles

Inventer des habitats et des infrastructures qui apprennent à vivre avec l’eau.

Cette thématique interroge les transformations profondes des espaces en interface terre-eau : littoraux, estuaires, deltas, zones insulaires et territoires à faibles altitudes, caractérisés par des sols saturables et une exposition directe aux aléas d’inondation, submersion, érosion côtière et salinisation.

Dans ces milieux, l’eau n’est pas un événement exceptionnel mais un paramètre structurel. Récurrente ou progressive, elle reconfigure durablement les conditions d’habitabilité, les usages, les paysages et les écosystèmes. Elle transforme la relation au sol et affecte les conditions d’implantation (portance, tassements, corrosion, capillarité), imposant de penser le bâti selon des logiques d’adaptation dans le temps.

Les terres submersibles appellent à dépasser une lecture statique du site : il s’agit de travailler un territoire-processus, soumis aux mouvements de l’eau et aux transformations naturelles. Les approches fondées uniquement sur la protection atteignent leurs limites : l’enjeu n’est pas de figer les milieux, mais de maintenir ou de reconfigurer des conditions d’habitabilité dans un environnement changeant.

Les projets devront s’appuyer sur une lecture fine des dynamiques locales : topographie, régimes de submersion, nature des sols, évolution du trait de côte, écosystèmes, usages et pratiques sociales. La dimension humaine, sociale et culturelle demeure centrale : vulnérabilités, modes de vie, acceptabilité et capacités d’adaptation des populations.

Les propositions, prospectives ou expérimentales, devront demeurer cohérentes dans leur principe et crédibles dans leur articulation entre intention, fonctionnement et conditions de mise en œuvre.

    Bâtir et vivre avec l’eau sur le territoire dunkerquois, France

      Grande-Synthe– Lac du Puythouck

      Le territoire dunkerquois, polder très exposé, fait partie des zones européennes les plus vulnérables face à l’adaptation climatique. Confronté à la montée des eaux, aux tempêtes et à l’intensification des pluies, il doit passer d’une logique de lutte contre l’eau à une culture de cohabitation. Les inondations de l’automne 2023 ont mis en évidence les limites des systèmes hydrauliques actuels ; à l’horizon 2050–2100, l’élévation du niveau marin et la saturation des sols imposeront une transformation profonde des modes d’aménagement.

      Dans ce Territoire à Risque Important d’Inondation, l’eau ne peut plus être considérée comme une simple contrainte technique. Elle devient un élément structurant du fonctionnement urbain, circulant dans les sols, les nappes et les infrastructures. Le site d’étude se situe à Grande-Synthe, sur une zone d’environ 12 hectares en bordure du lac du Puythouck, à l’interface entre urbanité et ruralité. Directement influencé par une nappe sub-affleurante et par le réseau des wateringues, ce site constitue un cas d’étude représentatif des vulnérabilités hydrauliques du territoire dunkerquois.

      Le défi consiste à développer un quartier résidentiel mixte sans aggraver la pression sur le système hydraulique existant, en intégrant des formes d’habitat et d’espaces publicsrésilients et adaptables à la montée des eaux. Les projets devront renforcer les capacités de stockage temporaire, limiter l’imperméabilisation des sols, restaurer les continuités écologiques et faire de l’eau un levier de conception architecturale, urbaine et paysagère aussi bien sur terre que sur le lac.

        Retrouvez tous les projets nominés et lauréats dans la base de données de la Fondation (lien externe)